7 July 2026

1-Marchés : Succession de Bulles à haute fréquence

L’année 2026 est caractérisée par une succession très rapide de formations de bulles, composées de hausses très rapides suivies de fortes baisses. Elles sont nourries par des narratifs dominants, un mimétisme du « retail » et du trading algorithmique momentum. Successivement se sont gonflées puis dégonflées les bulles des métaux précieux (or et argent), du pétrole (baril et parapétrolières), de l’IA (semi-conducteurs coréens et américains), du spatial et de la robotique. Elles contribuent au financement d’innovations nécessaires à l’économie, mais montrent également le challenge de la période actuelle d’incertitude géopolitique, monétaire et technologique. Des secteurs comme ceux de l’ingénierie informatique et des software (SaaS) ont enregistré de très fortes corrections. Les grandes valeurs chinoises telles que BABA, Baidu ou Tencent se comportent presque comme des penny stocks.

Le crédit privé est un autre thème d’incertitude aux États-Unis : après une explosion des encours ces dernières années, les incertitudes sur le financement des software ont provoqué de fortes sorties et des fermetures partielles de fonds de dette privée. Dernière inquiétude, l’évolution de certaines devises asiatiques, très volatiles pour des raisons diverses : roupie indienne et indonésienne, et yen japonais tombé au plus bas depuis 40 ans contre le dollar. Une mise en résonance de ces bulles serait périlleuse cet été, mais Kevin Warsh a bien débuté son mandat. Une Fed qui saura montrer où elle va sera un facteur de stabilisation.

2- Trump, l’imprévisibilité comme ligne stratégique ?

Les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis devraient durer tout l’été. Cours du pétrole, équilibre d’une région stratégique pour le financement du monde et liberté du commerce maritime mondial, les enjeux sont immenses.

Et la négociation s’annonce d’autant plus complexe qu’elle touche indirectement ou directement des acteurs régionaux aux intérêts très divergents (Israël, Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Oman, Qatar).

Au-delà de l’issue de ces discussions diplomatiques, c’est l’activité tous azimuts du président américain qu’il s’agira d’observer tant il fait de l’imprévisibilité le premier de ses principes d’actions : Groënland, Cuba, Taiwan sur la scène internationale, une relance fiscale pré-électorale ou des pressions renouvelées sur la Fed et le Trésor américain sur le plan intérieur, tout est possible cet été… et au-delà !

3- Inflation, une mécanique à surveiller

Le choc de la guerre au Moyen-Orient a réveillé les craintes inflationnistes. Propulsés par la hausse des cours du pétrole, les prix à la consommation ont franchi des caps jugés inquiétants par les observateurs : au-delà de 3% pour l’inflation hors énergie et alimentation aux Etats-Unis et au-delà de 2,5% en Europe.

Les banques centrales ont réagi différemment, en fonction de leurs mandats respectifs et de leur histoire : La Fed, sous le nouveau leadership de Kevin Warsh, est restée attentiste, tandis que la BCE a monté ses taux de vingt-cinq points de base.

L’incertitude quant au déploiement d’une véritable mécanique inflationniste demeure. Les hausses des coûts des matières premières et des composants électroniques se propageront-elles vers les biens puis les services et les salaires ?

Les anticipations d’inflations et les pressions salariales seront des indicateurs clés, des deux côtés de l’Atlantique. Pourvu que le cours du pétrole reste au niveau actuel !

4- La compétition pour l’épargne mondiale, moteur de la hausse des taux

Fini le temps des taux à zéro, voire négatifs. Partout sur la planète, les marchés obligataires se tendent et les taux réels redeviennent positifs. Même au Japon, longtemps considéré comme l’ile de la grande glaciation des taux et des prix, la normalité est de retour et les taux remontent.

Ce mouvement est amplifié depuis le début de l’année par les gigantesques levées de fonds nécessaires pour bâtir l’infrastructure numérique qui soutient le développement des outils d’Intelligence Artificielle. Les « hyperscalers » sont à la manœuvre et n’hésitent pas à proposer des taux attractifs pour sécuriser le succès des émissions de dette.

Ce phénomène vient renforcer la compétition pour l’épargne mondiale, déjà en cours pour financer les gigantesques déficits publics générés par la demande insatiable des populations toujours plus demandeuses de soutien social.

La suite de cette poussée des taux et donc des coûts de financement de l’économie mondiale sera un des éléments moteurs des marchés cet été.

5- La Fed au défi de la nouvelle organisation Warsh

Kevin Warsh a pris ses fonctions de président de la Fed et a donné, le 17 juin dernier, sa première conférence de presse post réunion de politique monétaire. Le chantier que veut ouvrir le nouveau patron de l’institution de Washington, dans un contexte de craintes sur l’inflation, est multi-facettes : nouveaux indicateurs « temps réels », nouvelle communication, meilleure prise en compte des tendances de fonds de l’économie, nouvelle relation aux marchés.

Dès la prochaine réunion les 28 et 29 juillet prochain, de premières indications sont attendues, avant les conclusions au courant de l’automne. Cette nouvelle organisation est un élément important pour les acteurs de marché car la relation avec la Fed va intégrer un nouveau facteur : Kevin Warsh considère que les marchés ne doivent pas attendre des « guides » de la part de la Fed mais doivent avant tout être des sources d’information prioritaires pour définir la politique monétaire. Un changement majeur pour les investisseurs.

6- L’IA, promesses et défis

Depuis l’automne 2022, les promesses de l’intelligence artificielle enchantent les investisseurs. Elles propulsent de concert l’économie et les marchés financiers au travers des investissements massifs dans les data centers.

L’enjeu majeur, pour l’économie, est la diffusion dans les entreprises de ces outils et la progression de la productivité, à coûts maîtrisés. Les sommes gigantesques investies dans l’entrainement et l’inférence des solutions proposées trouveront-elles leur rentabilité ? Les entreprises doivent apprendre à gérer leur consommation de “tokens”. Ces unités d’information dont le coût a crû explosent chez certaines grandes entreprises allant à l’extrême jusqu’à 100 000$ par employé. Il semble qu’on se dirige vers un “token budgeting”, un budget de dépenses par utilisateur, dépendant de sa fonction et de son secteur. La croissance exponentielle de l’utilisation de l’IA connaîtra des soubresauts.

Pour les citoyens, la question est celle de la responsabilité autour des propositions émanant de ces modèles, de l’impact sur le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail et celui sur l’environnement compte tenu de la consommation énergétique et hydraulique des datas centers.

7- L’économie américaine sur le fil de l’emploi et des marchés

Faute de visibilité sur la croissance chinoise, l’économie américaine reste la locomotive de la planète. Elle repose sur deux piliers : les investissements dans l’Intelligence Artificielle – les sommes engagées dans la construction de data centers ont dépassé celles dépensées pour l’édification de bureaux depuis le début de l’année – et la consommation. Le premier pilier ayant été examiné ci-dessus (point 4), qu’en est-il du second ?

La solidité de celui-ci dépend d’abord de celle du marché de l’emploi. Après des hésitations à partir de novembre 2025, ce dernier s’est d’abord stabilisé sur les premiers mois de 2026, avant de surprendre positivement en mai, les créations nettes d’emplois ayant largement dépassé le seuil symbolique des cent mille et le taux de chômage résistant juste au-dessus de 4%.

Mais la situation politique et l’impact potentiel du déploiement de l’intelligence artificielle restent des incertitudes majeures. Et ceci d’autant plus que, via la très bonne tenue des indices, l’IA vient soutenir puissamment la consommation des américains, confortés par leur richesse – potentielle – issue des marchés financiers. Un doute quant à la poursuite de cet engouement pourrait ainsi avoir des effets fortement négatifs sur l’optimisme du consommateur, et donc sur l’activité.

8- La consommation chinoise, joker économique

La pression se resserre sur la France. Lestée d’une dette de plus de 110% du PIB, bien au-delà des 3000 milliards d’euros, le pays consacre désormais plus de 80 milliards d’euros par an au service de celle-ci. Et l’indulgence des marchés à son égard ne peut être considérée comme éternelle.

La Chine poursuit sa trajectoire de croissance, privilégiant son modèle industriel et exportateur ainsi que le développement des industries perçues comme essentielles au retour du pays au premier plan mondial. Elle a stabilisé son secteur immobilier et enchaine les performances technologiques.

Reste à allumer le moteur « consommation » de la croissance. Les ménages chinois n’ont plus le moral depuis le CoVid. Le taux d’épargne, au-delà de 30% du revenu, est stratosphérique. Mais de premiers signaux positifs se font jour avec un rebond, ces deux derniers mois, des indicateurs avancés dans les services.

Même si le chemin est long et que les autorités paraissent toujours très réticentes, au-delà de quelques mesures ponctuelles, à relancer franchement le soutien budgétaire aux ménages, la tendance au retour à meilleure fortune du secteur des services devra être surveillé pendant l’été. Une confirmation serait une excellente nouvelle pour la croissance mondiale… et pour les marchés européens, qui bénéficieraient grandement d’un renouveau de l’appétit de consommation de l’Empire du Milieu.

9- Ukraine, des drones pour la paix ou l’escalade ?

Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, les espoirs de paix ou a minima de cessez-le-feu ne sont apparus que pour être démentis quelques semaines, quelques jours voire quelques heures plus tard, faute de réelle volonté de la part de la Russie de remettre en cause les gains territoriaux sur son voisin ukrainien.

Appuyée sur sa masse, ses ressources et la profondeur de son territoire, la Russie se présentait comme l’irrésistible vain-queur de la guerre, fusse-t-il par lassitude.

Les récents progrès ukrainiens dans les drones, démontrés spectaculairement avec les demandes d’assistance des pays du Golfe face aux attaques du régime iranien, ont changé la donne. La capacité de frapper le territoire russe jusqu’à Moscou et au-delà, pourraient forcer Poutine à revenir à la table des négociations, avec de réelles chances d’aboutir cette fois-ci.

Cette nouvelle phase, espérée par tous sur le Vieux Continent et sur les marchés, pourrait être une bouffée d’oxygène économique – via le retour du pétrole, du gaz et des matières premières russes.

Mais la Russie pourrait aussi jouer la surenchère en enfreignant les frontières des pays européens voisins Finlande, Pays Baltes, Pologne …

10- Europe, réagir pour survivre

L’Europe est confrontée à un triple défi géopolitique, technologique et financier. Face aux menaces, l’Europe réagit. Le retour des empires conquérants lui a montré la nécessité de retrouver sa souveraineté militaire. Encore faut-il retrouver les budgets pour mener à bien les programmes de réarmement et bien les choisir quand les drones bon marché s’avèrent plus efficaces que les missiles high-tech ou les chars.

À l’heure de l’explosion de l’IA, l’Europe prend enfin conscience qu’elle n’a pas su prendre le train de la révolution technologique en marche depuis 40 ans. À quelques acteurs près comme le lithograveur ASML, elle ne compte que très peu de leaders à l’échelle mondiale face aux géants américains des « 7 Magnifiques », auxquels s’ajoute maintenant SpaceX, ainsi qu’aux méga acteurs chinois. Le déficit de la balance des services informatiques est désormais de plusieurs centaines de milliards d’euros.

Sa base industrielle allemande, fondée sur l’automobile et la chimie, est débordée par les progrès chinois sur les véhicules électriques.

Enfin, au plan financier, le surendettement des États français et italien et les transferts massifs d’épargne vers les États-Unis sont préoccupants. L’Europe devrait enfin faire autre chose que réglementer et mettre en œuvre le rapport Draghi.

Comme pour tous les intrants majeurs, l’important néanmoins est d’éviter les variations trop rapides, souvent générées par des perturbations majeures de l’offre, en particulier en cas de fortes tensions géopolitiques.

Le climat, un sujet stratégique et d’actualité

Les deux canicules précoces et impressionnantes qui ont frappé la France fin mai et fin juin sont venues rappeler brutalement l’importante d’adapter les infrastructures et les modes de production à un environnement climatique de plus en plus hostile.

C’est toute la chaine de valeur qui doit être revue, depuis la production d’énergie, son transport, les interconnexions, les usages et l’efficacité de ceux-ci.

La France, et l’Europe avec elle, ont des atouts considérables grâce au nucléaire et à une prise de conscience précoce. Les opportunités sont là, les solutions climatiques existent et montrent de plus en plus leur pertinence financière et économique.

Saisissons le moment !

Très bel été à vous !

Guillaume Dard & Wilfrid Galand